Confident royal de Shrabani BASU

Romans

« Je l’apprécie tellement. Il est si bon, doux et compréhensif… il m’apporte un réel réconfort. » C’est en ces termes que la reine Victoria parla d’Abdul Karim, un Indien de confession musulmane qui fut son confident et son professeur d’urdu durant les dernières années de son règne. En moins d’un an, ce greffier adjoint de la prison d’Agra, âgé de vingt-quatre ans et fraîchement débarqué en Angleterre pour être serviteur lors du jubilé d’or de la reine, devint l’un des hommes les plus puissants de la Cour britannique. La relation intense et controversée qu’ils entretinrent manqua de déclencher une révolte au sein du Palais royal. Abdul n’en resta pas moins aux côtés de la monarque, jusqu’à la fin, usant notamment de son influence lors des premiers mouvements d’indépendance des colonies.

Soigneusement documenté et rédigé dans un style romanesque, ce livre aborde une période méconnue de la vie de la reine Victoria : une amitié extraordinaire et une histoire d’amour inoubliable.

100%
Note

Edition: Presses de la Cité

Nombre de pages: 336 pages

Mon avis: Abdoul Karim est un indien musulman qui va connaître une remarquable expérience.

A l’occasion du jubilé d’or de la reine d’Angleterre, le voilà envoyé  en émissaire de l’Inde afin d’offrir un cadeau à la reine. Un ensemble de contrainte y est joint, allant de la façon de s’habiller à celle de s’incliner, mêlé à l’ordre clair de ne jamais regarder la reine ouvertement.

Ainsi préparé, ayant appris ce qu’il lui faut de la langue anglaise, le voilà, quittant son pays natal, pour partir vers un pays qu’il ne connaît pas.

Très rapidement, la Reine le remarque. Sa stature, son apparence, lui plaisent. Elle décide de s’entourer de serviteurs indiens. Tous s’acquitte à la perfection de ce nouvel emploi. Mais Abdul Karim sort décidément du lot. Pour la Reine tout du moins, puisqu’elle commence à le réclamer à ses côtés lorsqu’elle écrit, qu’elle est en promenade. Elle exige son service exclusif, et bientôt, il devient son professeur d’indoustani, langage qu’elle s’applique à apprendre durant plus de dix ans.

Une affection profonde s’installe, et la Reine couvre son professeur particulier d’attention et de récompenses, au grand dam du reste de la Cour.

J’ai regardé il y a peu le film éponyme, tiré d’ailleurs du livre que je viens de lire. J’avais été énormément touchée par cette histoire, largement oubliée.

Aussi, lorsque j’ai eu l’occasion de le découvrir en version papier, je n’ai pas hésité une seconde. 

J’ai plongé, à la suite de l’auteur, dans les rues indiennes, à la recherche des dernières traces d’Abdoul Karim. Et dans son ombre, j’ai retracé le parcours du jeune homme, conscient de la chance qu’il venait d’avoir, celle d’être choisi pour aller en Angleterre. 

La Reine Victoria, à cette époque, est déjà une dame âgée, veuve et isolée. Sa fonction barricade sa personne à toutes sortes d’amitié, et son dernier professeur particulier, avec qui elle avait développé une immense amitié, est décédé plusieurs années auparavant. L’arrivée d’Abdoul Karim ne pouvait donc, pour elle, tomber mieux. Il aura suffi de petites particularités de la part de cet émissaire, pour que la souveraine s’y intéresse.

Au fil des années, la fonction d’Abdoul Karim prend de l’ampleur. De simple serviteur, il devient assistant, puis professeur d’indoustani, le Munshi comme cela se dit en Inde. Il occupe dès lors une position privilégiée, à laquelle il donne une importance considérable, de par sa culture et pour l’affection qu’elle lui octroie. 

Pourtant, cette position ne convient pas à tout le monde. Les dames de compagnie de la Reine, des serviteurs et même certains des enfants de Victoria cherchent à discréditer la moralité d’Abdoul. Pour eux, il est absolument impossible de partager leur statut de nobles avec cette personne issue d’une famille humble. Ce sera une période d’énervement, de critiques et de batailles mesquines.

A la mort de la Reine, l’un de ses fils ira encore plus loin. Dans les heures qui suivent le décès de sa mère, il envoie des policiers récupérer chez le munshi le moindre courrier envoyé par la souveraine à son ami et à sa famille, l’expulsant de son habitation, et le renvoyant, séance tenante, en Inde. Abdoul Karim perd ainsi son amie, et sa position en Angleterre.

Après son décès, les demandes exagérées continueront encore quelques temps envers sa famille. Au final, il ne reste de traces de son passage en Angleterre que quelques photos, les cahiers d’Indoustani de la Reine, et quelques notes dans les archives de dépenses royales.

J’ai été énormément touchée par cette histoire, si particulière pour l’époque. J’ai vu la Reine Victoria sous un autre aspect, plus humain, plus doux.  J’ai aussi, par l’intermédiaire d’Abdoul Karim, découvert l’Inde avec ses couleurs et ses maharadjah, ses fortunes et ses misères. Ce qui m’a procuré un voyage exceptionnel!

Je ne regrette absolument pas d’avoir lu ce livre, et je dois dire que l’auteur a réussi à nous brosser un tableau très clair de l’époque, s’appuyant sur les recherches qu’elle a fait pour y parvenir, fournissant des extraits de journaux, de correspondance et parfois de photos. Cela m’a ému de voir et d’entendre tout cela, plus de 100 ans après les faits. 

Je la remercie pour ce superbe saut dans le temps.

 

Je remercie l’édition Presses de la Cité et Net Galley pour cette lecture d’une histoire oubliée.

 
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1 Comment

  1. Julie 17/01/2018 17 h 58 min

    Coucou 🙂
    Super chronique ! Je ne savais pas qu’il existait un livre issu du film mais ta chronique me donne envie de lire le livre ^^

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